Les conservateurs dans les cosmétiques

par Nadine | 5 octobre 2021 | À la une

Parabènes, pesticides, plastiques… de notre salle de bain à notre cuisine, de notre intérieur au monde extérieur, les perturbateurs endocriniens sont présents partout et font partie intégrante de notre quotidien. Pourtant s’y exposer augmenterait les risques de problèmes de santé. Où les trouver ? Quels sont leurs effets ? Comment les éviter ? On fait le point.

LES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS, QU’EST-CE C’EST ?

Un perturbateur endocrinien est une substance qui peut altérer le bon fonctionnement du système hormonal, chargé de réguler la croissance, le métabolisme, l’appétit, le sommeil ou encore l’humeur. Ces substances vont augmenter, diminuer ou empêcher l’action des hormones et avoir des conséquences néfastes sur la santé.

Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)- populations” explique l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2002.

Un perturbateur endocrinien peut être d’origine chimique, comme le bisphénol A et les phtalates, ou d’origine naturelle comme les phytoestrogènes présents dans certaines plantes comestibles comme le soja.

Perturbateurs endocriniens, une règlementation spécifique

En 2014, le gouvernement adopte une stratégie nationale pour limiter les dangers liés aux perturbateurs endocriniens. Le quatrième volet de ce plan est actuellement à l’étude avec pour objectif de réduire les expositions environnementales affectant la santé. Outre ce plan, le règlement REACH adopté par l’Union européenne permet de mieux protéger la santé et l’environnement contre les risques liés aux substances chimiques. Ce règlement s’applique sur le principe à toutes les substances chimiques : celles qui sont employées dans les processus industriels, mais également celles qui le sont dans la vie de tous les jours. L’Anses (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement) est chargée de mener les études sur les différents ingrédients suspects afin de permettre au règlement européen REACH de les inscrire sur la liste des substances soumises à autorisation. L’Anses travaille actuellement sur une liste complète de perturbateurs endocriniens qui sera classée en trois catégories : les perturbateurs endocriniens “suspectés”, “présumés” et “avérés”.

Perturbateurs endocriniens, où les trouve-t-on ?

Il existe une multitude de perturbateurs endocriniens et de sources de contamination complexes à maitriser. L’organisme peut être exposé à ces substances par ingestion, inhalation ou par un contact cutané via l’air, l’eau, l’alimentation ou les produits manufacturés. Selon le niveau d’exposition, le corps est capable ou non d’activer ses mécanismes de défense pour stopper le processus de dérèglement. Le fœtus ou le tout-petit sont particulièrement sensibles aux méfaits des perturbateurs endocriniens, susceptibles de provoquer un dérèglement hormonal aux conséquences graves. De manière plus large, tous les produits chimiques peuvent interférer avec le système endocrinien humain ou animal. Selon l’OMS (Organisation Mondiale pour la Santé), près de 800 substances chimiques ont des propriétés perturbatrices endocriniennes avérées ou suspectées. Parmi elles :

  • Certains pesticides (organochlorés, fongicides, herbicides)
  • Plastifiants (phtalates, Bisphénol A), retardateurs de flamme (PBDE), revêtements (PFAs)
  • Médicaments : anti-douleurs (paracétamol, AINS, aspirine), antidépresseurs (Fluoxétine)
  • Produits émis par les combustions incomplètes issues des incinérateurs, de l’industrie métallurgique et sidérurgique et à la pratique de l’écobuage des végétaux (dioxines, furanes, PCB),
  • Produits d’hygiène (Triclosan) et cosmétiques (parabènes)
  • Phyto-estrogènes (soja)

Quels sont les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé ?

De nombreuses pathologies sont aujourd’hui suspectées d’être liées à une exposition aux perturbateurs endocriniens, parmi elles : les difficultés des fonctions de reproduction, l’altération de la fertilité, la perturbation de la thyroïde, du système cognitif, l’abaissement de l’âge de la puberté… Les perturbateurs endocriniens peuvent également avoir d’autres effets sur le métabolisme ou le système immunitaire, et sont aussi dans le viseur de certains cancers hormono-dépendants. Si leur concentration est faible lorsqu’on prend individuellement chaque produit, c’est l’effet cocktail qui est pointé du doigt avec les perturbateurs endocriniens, car c’est leur présence dans de nombreux produits du quotidien comme les cosmétiques, qui les rend dangereux pour la santé.

Perturbateurs endocriniens et grossesse

Les femmes enceintes, les tout-petits et la puberté sont des phases pendant lesquelles le métabolisme est plus vulnérable lorsqu’il est confronté à ces substances. Une vigilance accrue est donc recommandée. Et pour cause, le passage de perturbateurs endocriniens dans le placenta pourrait modifier le développement du fœtus entrainant des malformations ou des pathologies. Comme la femme enceinte, le nouveau-né est à risque car son développement n’est pas terminé.

PERTURBATEURS ENDOCRINIENS ET COSMETIQUES

Les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur les ingrédients contenus dans leurs produits cosmétiques. Aujourd’hui les allégations des laboratoires sur la sécurité de leurs produits ne suffisent plus aux consommateurs qui désirent plus d’informations sur les ingrédients. D’où le succès des différentes applications qui sont supposées aider le consommateur à choisir en toute « sécurité » les bons produits. Cependant ces différentes applications utilisent des critères d’évaluation et de notations propres, ce qui explique qu’un même cosmétique puisse être bien noté sur l’une et décrié sur une autre ( Yuka, Cleanbeauty entre autres). Les conservateurs font partie des molécules souvent décriées et responsables de mauvaises notations des cosmétiques. Un amalgame est aussi fréquent entre les substances cancérogènes, perturbateur endocrinien, molécule allergisante, polluante ou irritante.

Pourquoi existe-t-il des conservateurs dans les cosmétiques ?

La présence de conservateurs dans les cosmétiques assure la qualité du produit tout au long de son utilisation. Un cosmétique contient de l’eau et des nutriments (azote, carbone, vitamines, minéraux) qui constituent un milieu particulièrement propice au développement des micro-organismes. La présence des conservateurs évite les modifications de texture (grumeaux) de changement d’odeur ou de couleur, et surtout l’induction d’effets indésirables (irritations, eczéma ou surinfection).

Est-il possible de trouver des cosmétiques « sans conservateur »

Oui, certains cosmétiques sont dits « sans conservateurs » pour les raisons suivantes : soit le conditionnement du cosmétique est sans air : pack airless ou stérilisation du cosmétique et packaging spécifique pour empêcher toute re-contamination externe, soit le produit cosmétique est sec , soit le cosmétique contient de l’eau sous forme gélifiée ou de l’eau ionisée.

Est-ce qu’un cosmétique sans conservateur l’est véritablement ?

Il faut savoir décrypter l’étiquetage ! Un cosmétique étiqueté « sans conservateurs », n’est pas synonyme d’absence de conservateurs : certaines huiles et alcools ont des propriétés anti microbiennes qui en font des conservateurs naturels sans être dans la liste des conservateurs autorisés dans le règlement européen.

Les conservateurs en cosmétique les plus mis en cause

Certains conservateurs ont été particulièrement médiatisés et décriés, pas toujours avec raison.

Les parabens constitue une famille de conservateurs très ancienne dont certains ont été reconnus comme perturbateurs endocriniens et ont été interdits depuis 2014 dans la réglementation européenne, d’autres ne peuvent être utilisés qu’à une concentration maximale autorisée. Les autres parabens restent des bons conservateurs, inodores, biodégradables et peu sensibilisants. Cela montre la nécessité d’évaluer chaque molécule avant de condamner une classe entière.

Le phénoxyéthanol est actuellement très décrié car il serait toxique pour le foie et le sang. Le Comité Scientifique européen pour la Sécurité des Consommateurs (CSSC) a, en 2016 considéré que le phénoxyéthanol utilisé à 1% en tant que conservateur est sûr pour la santé quel que soit le groupe d’âge. En 2018, L’ANSM ( Agence nationale pour la Sécurité du Médicament) recommande LA NON utilisation du phénoxyéthanol dans les produits pour le siège de l’enfant, et conseille de l’élargir aux lingettes .

Les isothiazolinones et en particulier le méthylisothiazolinone(MI ou MIT) a induit de nombreux cas d’eczémas d’où une modification du règlement européen depuis 2014 qui limite son usage aux produits rincés. Les patients qui sont déjà sensibilisés au MIT doivent à être vigilants car les cosmétiques ne sont pas la seule source de MT (dispositifs médicaux, produits entretien du cuir, peinture à l’eau entre autres).

Les huiles esentielles sont utilisées comme conservateurs dans les cosmétiques dits « naturels « ou « do it yourself ». Or certaines d’entre elles sont des perturbateurs endocriniens potentiels et les parfums restent l’une des premières causes d’eczéma de contact liés aux cosmétiques.


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